BD Tour
     
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 Auteur(s)
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Arnaud, Georges J. - Bonifay, Philippe
Attanasio, Dino
Barral, Nicolas
Bartoll, Jean-Claude
Bec, Christophe
Beckers, André
Benn, André
Benoit, Ted
Béoc
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    Dimitri
A part sa série la plus populaire, "Le Goulag", Dimitri a dessiné et créé un grand nombre de personnages et de séries. De "Prémolaire" à "Rififi" en passant par "Goutatou & Dorachaud" et "Kaleunt" il n'a cessé de créer des personnages acides et drôles et surtout, de jongler de main de maître avec le réalisme et l'humoristique. Travaillant en couleurs directes depuis des décennies, il est également l'auteur de 95% des scénarios de ses albums. Egalement écrivain remarqué, Dimitri n'est jamais en manque d'idées et désire que les éditeurs soient plus ouverts à ses créations. Depuis quelques mois, les "Éditions du Taupinambour", une petite maison d'éditions de Soissons, a l'excellente idée de nous faire découvrir ou redécouvrir des récits complets réalisés par Dimitri et encore jamais publiés en albums. A cette occasion, Dimitri a très gentiment accepté de nous recevoir dans sa maison en région Parisienne. Voici pour vous, et en exclusivité, le compte rendu d'un très agréable moment passé en compagnie d'un dessinateur injustement décrié.
Rififi est un moineau. Il vit dans un véritable enfer. Il faut perpétuellement chercher des vermisseaux pour se nourrir sans servir soi-même de repas aux chats ou à tous ces animaux qui vous veulent du mal. Ne parlons pas, non plus, de ces voisins qui font un bruit insupportable, de ceux qui se prennent pour des avions, de tous ces fous qui se sont donnés rendez-vous dans la clairière où se trouve le marronnier où Rififi a posé son nid. Mais Rififi n'est pas du genre à se laisser faire. Il n'a peur de rien. Sa petite taille ne l'empêche pas de s'imposer et de se faire respecter. Il en profite même pour truander un maximum de personnes. Rififi est un philosophe qui sait ne garder que les meilleurs moments de l'existence. Il est toujours coiffé du splendide chapeau qu'il a gagné à pile ou face (pile, tu perds, face, je gagne) à Somnyfair le loir. Le nid de Rififi est une pantoufle qu'il doit régulièrement réparer à cause de tous ces voisins qui ne font pas attention aux habitations des autres. Rififi est entouré de Fanfreluche, Alfonse, Félix, Eleonor, Dubidon et Somnyfair.
BdTour : Comment avez-vous débuté dans la Bande Dessinée ?
Dimitri : J'étais encore dans la marine nationale, c'était juste après la guerre, en 1946 je pense. J'ai réalisé un petit album, qui s'appelait "Les aventures de Monsieur Minus" pour "Nous les jeunes". Je n'en suis pas particulièrement fier d'ailleurs. Mais je dessinais depuis toujours et c'est venu comme çà. Je me suis retrouvé seul à Paris, sans argent. J'ai dû faire pas mal de petits boulots car la BD payait très mal à l'époque, c'est un métier très dur. J'ai fait pas mal d'illustrations, payées ou pas, puis j'ai fait mon trou. J'ai fait de plus en plus de bandes dessinées, c'était la seule chose que je savais faire. On m'a fait faire pas mal de choses que je n'avais pas envie de faire mais que j'ai bien été obligé de faire quand même, comme un "Bécassine" ou encore une honteuse copie de "Zorro" pour "France Empire". J'ai ensuite travaillé pour tous les magazines existants à l'époque, comme "Vaillant", "Hourra", etc. J'ai fait dans ma carrière 64 albums, publiés mais en plus il y a au moins l'équivalent en récits et histories non publiées en albums ...

BdTour : En 1959, vous entrez au "Journal Spirou" où vous rencontrez Jijé. Comment s'est déroulé votre rencontre et ensuite votre collaboration ?
Dimitri : Cela a été merveilleux. C'est rapidement devenu un de mes meilleurs amis. Je suis resté auprès de lui jusqu'à sa mort. Avec Reiser, Jijé était mon meilleur ami dans le milieu de la BD. Malheureusement, ils sont tous morts maintenant, ils m'ont laissé tout seul. Pour en revenir avec Jijé, cette rencontré a été très sympathique. Nous sommes assez vite de venus amis, puis, il s'est mis dans la tête que nous devions travailler ensemble, ce que je ne voulais pas puisque nos styles étaient diamétralement opposés. Puis, il a insisté et j'ai laissé faire et c'est comme çà qu'on a travaillé sur trois épisodes de "Valhardi" ensemble. Avec le recul c'est un excellent souvenir mais sur le moment c'était assez difficile. Jijé était très bordélique, il perdait des planches, il fallait les refaire ou encore on était en Espagne pour travailler et il oubliait des pages chez lui à Paris, même si c'était mon meilleur ami, c'était assez énervant à l'époque. Les seules engueulades violentes que l'on ai eu étaient en relation avec notre travail. Mais il n'y a pas eu que des mauvais côtés loin de là !

BdTour : Quelle a été votre part de travail sur ces 3 albums ?
Dimitri : J'ai non seulement écris les scénarios mais réalisés pas mal de décors, de voitures, etc. Bref, tout ce qu'il n'aimait pas faire et puis il fallait que j'imite son style, ce qui n'est pas mon truc. Je me tapais les avions, les motos, ... enfin des engins qui demandaient une certaine documentation alors que lui ne faisait que ses personnages qu'il tenait bien en main, ... A part le boulot, Jijé était un type extraordinaire, il avait sans cesse une foule d'idées, d'inventions, il voulait déposer des brevets, etc. On se complétait très bien dans la vie mais pas dans le dessin. Il voulait absolument m'amener à son style qui était très éloigné du mien. J'avais beau lui dire que je n'avais pas envie de faire du Milton Caniff, comme il le faisait lui, mais il ne voulait rien entendre.

BdTour : Vous enchaînez ensuite (une fois de plus) avec de l'humoristique (Prémolaire, Rififi, Goutatou et Dorachaud) avec une facilité déconcertante, dans quel style vous sentez vous le plus à l'aise ?
Dimitri : J'ai toujours aimé me reposer d'un style sur l'autre. Je peux passer extrêmement facilement d'un style à l'autre. Je ne comprend pas qu'on puisse rester dans un seul style. Morris m'avait dit qu'il fallait toujours taper sur le même clou, mais cela ne m'amuse pas du tout, même si il est plus commercial de faire du "Lucky Luke" ou du "Tintin". Mais je n'aime pas plus le réalisme que l'humoristique, j'aime jongler avec les deux. Je suis juste un peu contre le fait de faire du commercial, je suis d'accord de faire gagner de l'argent aux éditeurs, mais pas à n'importe quel prix.

BdTour : En 1975, vous créez "Les Famillereux" pour le "Journal Tintin" que vous signez pour la première fois du nom de Dimitri Lahache, pourquoi "Lahache" ?
Dimitri : Je voulais signer d'un label, d'un logo et plus d'un nom. J'avais pensé à une hachette que je trouvais beau comme instrument. C'était encore à l'époque de "Spirou" et le rédacteur en chef en fonction, Thierry Martens n'a pas compris ! Il me disait qu'on ne pourrait pas le prononcer alors qu'il ne fallait pas le prononcer puisqu'il s'agissait d'un logo. Moi je voulais que le gens se souviennent d'une hache, pas d'un nom. Je voulais innover, le concept était très intéressant, plus de nom, juste un label. Forcé un contraint j'ai dû trouver un nom qui m'a été inspiré par un ami russe : Dimitri. Au départ j'ai signé Dimitri Lahache en plus du fameux label, puis j'ai juste gardé Dimitri.

BdTour : Toujours en 1975, vous créez "Le Goulag", votre série fétiche. Cette série traite avec humour d'un sujet grave. D'où vous est venu l'idée de créer une série qui traite du goulag et de la Sibérie ?
Dimitri : J'avais créé une série qui s'appelait "Le Goulache" que j'ai montré à Cavanna, mon rédacteur en chef de l'époque aux "éditions du Square". Je lui avais amené quelques gags de cette série où le personnage principal s'appelait Eugène Krampon. L'histoire tournait autour de la bouffe, j'avais donc appelé ma série d'un nom d'un plat. Il se marre et me dit que je dois prendre le nom de "Goulag" et pas "Goulache". C'était très osé pour l'époque mais les types de "Charlie Hebdo" étaient très gonflés. Ca a été une réussite incroyable. On a vendu plus de 75,000 exemplaires du premier titre. L'histoire était à la base totalement inventée, je n'ai jamais pu visiter un goulag, c'est très difficile d'accès. Depuis la guerre, je suis retourné quelques fois en Russie mais sans plus. J'ai situé mon histoire dans un goulag mais j'aurais pu la faire se dérouler au zoo.

BdTour : Pourquoi Krampon est-il né à Nogent-sur-Marne ?
Dimitri : Parce qu'il est français et qu'à l'époque j'avais envie de court-circuiter le problème des travailleurs immigrés en France. Tout le monde parlait sans cesse de l'immigration. J'avais donc envie de prendre un français et d'aller le faire travailler en Union Soviétique, il y serait alors un travailleur immigré. Il est né à Nogent mais aurait très bien pu naître à Soissons ou à Cambrai, cela n'avait aucune importance. C'est quelqu'un de très fort qui ne perd jamais le moral même dans les pires situations.

BdTour : Sa philosophie est-elle un calque de la vôtre ?
Dimitri : Non, pas spécialement. Quand on est auteur humoristique, vous essayez de faire quelque chose qui vous fasse rire, de traiter une situation grave de manière drôle. Krampon se fait prendre entrain de piquer un cornichon immatriculé et on l'envoie au goulag. La seule solution pour lui d'y échapper était de s'engager dans l'armée rouge alors qu'en France, il se serait engagé à la légion étrangère. C'était un circuit assez classique.

BdTour : Comment avez-vous été amené à adapter "Les Charlots" en BD
Dimitri : Je connaissais bien les éditions "Fleuve Noir". L'éditeur m'avait demandé de faire une mise en BD d'un film, j'ai accepté sans trop savoir ce que c'était. Je suis allé assister au tournage des films et j'ai assez vite trouvé cela stupide mais je m'étais engagé et j'ai dû faire honneur à ma parole. Je le regrette amèrement, c'était une connerie. Il n'y avait qu'un type valable dans ces films, Gérard Rinaldi qui est assez drôle … J'ai fait trois albums puis j'ai laissé tomber. Je devais sans arrêt remanier le scénario de Patrice Dard pour le rendre plus humoristique. Bref, çà ne m'a pas intéressé plus que çà, c'était une perte de temps.

BdTour : Durant les années 80-90 vous réalisez une série de one-shots réalistes qui traitent à peu près tous de l'ex-URSS. Pourquoi systématiquement prendre l'Union Soviétique comme sujet de prédilection ?
Dimitri : C'est un sujet que je maîtrise assez bien. C'était l'époque de la Russie Blanche. C'est assez difficile de trouver des sujets qui tiennent bien debout. Je base mes récits sur des histoires vraies et graves. Je cherche des sujet qui peuvent apporter des connaissances nouvelles au public. Quand j'ai dessiné Kalunt, l'histoire des sous-mariniers allemands, j'avais envie que les gens sachent ce qu'il s'est passé. Sur 39.000, 32.000 sont morts ! c'est une immense tragédie. J'ai été faire des centaines de photos, j'ai fait des maquettes, c'était passionnant. Tout comme pour Koursk. Je dessine ce qui m'intéresse en essayant de d'apprendre des choses au lecteur. Voilà ce que j'essaie de faire. Je prend un fait marquant de l'histoire et je le romance. Le sujet traite souvent de la guerre, de l'Union Soviétique, de l'Allemagne, etc.

BdTour : Quels récits aimeriez vous encore adapter en BD ?
Dimitri : J'aimerais beaucoup adapter certaines histoires de Gaston Leroux, un géant du roman policier, bien que l'on en parle à peine ! Il arrivait à tenir le lecteur en haleine jusqu'au bout. "La machine à assassiner", "La poupée sanglante" ou encore "Le fantôme de l'opéra" sont des romans qui tiennent du génie ! J'aimerais beaucoup m'orienter vers ce genre de littérature. J'ai écrit pas mal de nouvelles mais les éditeurs ne sont pas très chaud, sous prétexte que cela ne se vend pas ... Je tente sans arrêt de me renouveler et de faire des choses nouvelles mais la dictature des éditeurs est bien présente et me rappelle à l'ordre. Si je ne fais pas quelque chose de forcément commercial, ils ne veulent même pas en entendre parler !

BdTour : Quels sont vos projets pour le futur ?
Dimitri : Je suis à la moitié du 17ème album du "Goulag" que j'ai mis entre parenthèse pour le moment puisque personne n'en veut. Ca n'amuse même plus Album Michel ou Glénat, alors dès qu'un éditeur me fera des propositions, je me remettrai au travail. Je travaille également à une adaptation en BD du "Roman de Renard". J'essaie de traiter le sujet, souvent très embêtant, de manière humoristique mais encore une fois les portes se ferment. Je ne sais plus vraiment quoi faire. Je n'intéresse plus les éditeurs, tout cela m'ennuie. Ils veulent que je reprenne mon personnage de Blason d'Argent, que j'ai dessiné il y a des décennies, c'est comme si on vous demandait de retourner en maternelle, je n'en ai pas la moindre envie. Je continue à progresser dans mon oeuvre mais ma progression n'est pas compatible avec la rentabilité, selon les éditeurs. C'est comme si on disait à Michel Ange qu'il doit se mettre à construire des tabourets parce que son plafond de la Chapelle Sixtine emmerde tout le monde ! c'est insensé. Je suis dégoûté, je dessine sans avoir d'éditeur et j'ai passé l'âge de faire la mendicité.

NDLR : Les Éditions du Taupinambour ont eu récemment la bonne idée de rééditer des récits (entre autres) de Dimitri, et paraît-il, ce n'est pas fini ! Vous pouvez relire avec plaisir "L'intégrale Rififi, le moineau turbulent" (2 volumes), petit album, de format à l'italienne 15 sur 21 cm, 64 pages, qui vous propose 4 pages de souvenirs de Dimitri et la réédition de 6 aventures de Rififi le moineau turbulent (3 en couleurs et 3 en noir et blanc). Les Éditions du Taupinambour rééditent également "Cap sur la capsule", une aventure de "Goutatou & Dorachaud", 36 pages couleurs, format 21 sur 29 cm, et deux albums de "Blason d'argent", "L'aigle de Bratislava" et "L'anneau de fer", également 36 pages couleurs, format 21 sur 29 cm.

Ajoutons simplement que l'éditeur a travaillé a partir de documents d'époque, planches, films et a parfois dû scanner des pages perdues ... pourtant la qualité du travail est irréprochable. D'excellente qualité ces albums sont un régal pour le lecteur, tout comme les mises en couleurs, très soignées.

Vous pouvez commander ces albums aux prix très démocratiques auprès de l'éditeur :
Éditions du Taupinambour
Hervé Drouet
Imprimerie Grafik
40, avenue de Reims
02200 Soissons
FRANCE
Tél : 00 33 (0) 3 23 74 59 81 (après 17h)
e-mail : pl_tina@yahoo.com
ou simplement les acheter en ligne sur le site PetitsTirages, spécialisé en BD à faibles tirages : http://www.petitstirages.com

BdTour : Votre roman, "Le soldat oublié", publié chez Robert Laffont sous le pseudonyme de Guy Sajer vous a valu d'être qualifié d' "auteur maudit" de la BD française. Regrettez-vous de l'avoir publié ?
Dimitri : Pas le moins du monde. Si j'ai choisi de publier mon roman sous un pseudonyme était justement pour ne pas tout mélanger. Mais quelques pseudo-journalistes de l'époque se sont empressé de faire le lien entre les deux. Maintenant tout le monde sait que c'est moi, mais à l'époque, j'étais furieux. Je me suis fait virer de "Pilote" à cause de çà et cela me poursuivra jusqu'à ma mort et je ne comprends toujours pas pourquoi. C'est une histoire, la mienne, celle d'un homme forcé de faire des choses qu'il n'avait pas envie de faire. Quand l'Alsace, où je vivais, a été annexée par l'Allemagne, j'avais 13 ans. D'un camp de jeunesse à Strasbourg, je passe à un camp de jeunesse à Kehl, en Allemagne. L'Arbeitsdienst, un groupe militarisé mais non armé n'était pas très glorieux. On rêvait d'être de vrais soldats, en ignorant tout de la guerre. Par un enchaînement naturel, je me retrouve dans la Wehrmacht, l'armée allemande. Qu'auriez-vous voulu que je fasse ? Comme déserteur, on m'aurait fusillé. A part la guerre qui a été une véritable atrocité, j'ai de bons souvenir de cette époque-là. Pendant la guerre, je ne savais pas ce qui se passait. On traînait dans la boue, on ne dormait pas et on avait peur, c'était la terreur. J'ai appris énormément de choses après la guerre, auparavant je n'ai pas eu de problème moral ou éthique puisque je n'avais aucune idée de ce qui se passait. Mais je ne regrette rien, je suis content d'avoir connu çà, même si c'était très dur. J'ai vu les russes se conduire comme des monstres, je suis allé sur le front de l'Est et j'ai vécu les plus grandes peurs de ma vie. Pourtant je suis retourné plusieurs fois en Russie depuis, je ne suis amer envers personne. Mais il est clair que dès la publication du " Soldat Oublié ", j'ai été catalogué " facho ". Si les gens veulent le croire c'est leur problème, il y a bien longtemps que je ne me préoccupe plus de tout çà. " Le Soldat Oublié " a été réédité des dizaine de fois, et a rapporté une fortune à Robert Laffont. Il m'a permis de vivre pendant des années. C'est toujours aujourd'hui un best-seller traduit bon nombre de langues. Je suis en pourparlers avec Paul Verhoeven depuis quelque temps pour la réalisation du long métrage.

BdTour : Comment voyez-vous la BD dans 20 ans ?
Dimitri : J'espère qu'elle va encore évoluer. On a un support formidable qui bien souvent ne réceptionne que des choses mièvres ou anodines. J'aurais voulu envisager de grands sujets, pour aller de l'avant et pas pour reculer comme souvent dans la BD. J'ai proposé cela à Dargaud il y a quelques années et cela a fait sourire tout le monde. Il y a de plus en plus de très bons dessinateurs mais de moins en moins de scénaristes. A mon époque, les bons dessinateurs étaient rares. Depuis 30 ans, il y a des écoles formidables et les jeunes dessinateurs sont excellents par rapport à ceux de mon époque. Malheureusement il n'y a plus de conteurs. Il faut une histoire, un véritable texte. Pour moi, il faut qu'un album ait au moins une heure de lecture, surtout au prix que cela coûte mais il y a beaucoup plus de BD qui se lisent en un quart d'heure qu'en une heure. J'espère que la BD va évoluer en ce sens. Par exemple j'adore Tardi, bien qu'il ne veuille pas me voir à cause de mon passé ! c'est un très grand dessinateur et un formidable conteur. Il faudrait nettement plus de gens comme lui ou comme Reiser qui était un véritable génie ... malheureusement il n'est plus là. En plus c'était un type formidable, gentil, poli et plein d'humour, même si sa personnalité n'était pas le reflet de ses albums.

BdTour : Pensez-vous qu'internet et BD soient complémentaire ?
Dimitri : Internet n'est qu'un instrument au service de quelque chose. Tout dépend du contenu, c'est çà qui est intéressant. Ce n'est qu'un moyen de communication comme la radio, la télé ou le minitel l'ont été en leur temps. Si c'est bien utilisé, c'est formidable, sinon, cela ne sert à rien. Au point de vue de la BD, c'est un plus pour la promotion des albums ou la vente, rien de plus. Le livre numérique ne m'intéresse pas beaucoup, cela me paraît un peu barbare. Le papier, le crayon et l'encre ont quand même quelque chose de plus, bien que l'on ait fait des progrès extraordinaires de ce côté là.

Propos recueillis par Stéphane L. (Décembre 2003)

Merci beaucoup à Dimitri pour sa disponibilité, sa gentillesse, sa bonne humeur et son accueil.